Introduction : Une gageure ?
Un bref historique d’Annecy-le-Vieux est paru en 1972, à Chambéry, dans la revue « l’histoire en Savoie ». Son auteur, M. J. Y. Mariotte, à l’époque directeur des Archives Départementales de la Haute-Savoie, estimait qu’écrire l’histoire d’Annecy-le-Vieux était un peu une gageure, car la « coquette cité des collines » a vécu à l’ombre d’Annecy, sa cadette, et il est difficile de les dissocier. En fait, les deux « sœurs » ont connu des destinées bien différentes.
Certes, Annecy-le-Vieux n’a pas été le siège d’événements majeurs. La géographie et l’histoire ont conjugué leurs effets pour freiner un développement autonome de notre commune, engendrant une cohabitation parfois difficile avec Annecy, siège de nombreux pouvoirs.
Cependant notre terroir ne manque pas de souvenirs historiques. Il a été marqué par une occupation continue depuis la préhistoire ; il a participé à l’errance des centres habités qui a précédé la fixation d’Annecy-le-Neuf au bord du Thiou. La commune a été longtemps la plus peuplée hormis Annecy.
Elle a connu des personnes et des événements dont la renommée a dépassé le cadre local : le Cardinal de Brogny, un important procès pour dîmes au 16ème siècle, les troubles de juillet 1814, le séjour d’Eugène Süe, la fonderie des cloches Paccard, le Capitaine Baud (pionnier de l’épopée coloniale française), la petite Anne de Guigné.
En position charnière entre le bassin annécien et les vallées de Thônes, au particularisme accusé, elle a assumé au long des siècles la permanence de trois fonctions : zone de passage, espace de villégiature et terre de rapport pour les Annéciens.
Vivant au rythme saisonnier d’une communauté rurale jusqu’au milieu du 20ème siècle, elle a manifesté à plusieurs reprises le souci de voir son originalité reconnue, n’hésitant pas à opposer les « vertueux campagnards » aux « citadins égoïstes ». Et ces campagnards ont parfois exprimé leur colère à l’égard des bourgeois d’Annecy. On est également frappé par l’attachement des originaires d’Annecy-le-Vieux, partis au loin, à leur terre natale.
Il nous a semblé que cette communauté avait perdu le contact avec son passé et que des pans entiers de son histoire risquaient de tomber dans l’oubli. Nous n’en citerons qu’un en exemple : la présence multiséculaire de la famille de Menthon de la Balme au château de la Cour était ignorée aussi bien de l’instituteur de 1888 que de l’histoire des communes savoyardes publiée en 1981.
Dans les chapitres qui suivent, on s’est efforcé de combler en partie ce hiatus au moyen de coups de projecteurs sur le cadre de vie, les aventures, les labeurs, les peines et les joies des générations qui nous ont précédés sur ce terroir.