Etude sur l'histoire d'Annecy-le-Vieux

... à celles et à ceux qui ont animé ce terroir depuis cinquante siècles
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Avant-propos
Une gageure ?
1 - La terre et les hommes
2 - De la préhistoire à la naissance d'ALV
3 - La paroisse et ses édifices religieux
4 - Un moyen-âge obscur et difficile
5 - 17e et 18e siècle
6 - La Révolution et l'Empire
6.1 - Les échos des troubles de 1793
6.2 - Etat d'esprit dans la commune
6.3 - Questions religieuses
6.4 - La vente des biens nationaux
6.5 - Le poids des guerres
6.6 - La population au début du 19ème
6.7 - La situation économique et sociale
6.8 - L'affaire d'Annecy-le-Vieux
7 - La Restauration Sarde
Glossaire des termes disparus
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Le 23 septembre 1792, cinquante jours après la prise des Tuileries et la chute de la Royauté, les troupes françaises du Général de Montesquiou entrent dans Annecy, évacué par les fonctionnaires et militaires sardes et quelques émigrés. La Savoie se trouve brusquement associée au destin de la France révolutionnaire. Les témoignages relatifs à cette période sont rares ; nombre d’archives ont disparu ; les récits postérieurs sont souvent colorés par la passion.

Annecy et sa région ont connu des heures difficiles. Les excès de la Première Terreur (1794) et de la Seconde (1798) durcissent le climat. Le voisinage des frontières, les menaces d’invasion, l’action des prêtres réfractaires, les réquisitions en hommes et en nature vont alimenter l’opposition aux autorités révolutionnaires.

Les administrateurs des cantons ruraux semblent favorables à la Contre-révolution ; ceux d’Annecy-le-Vieux dénoncent l’ingérence et le « ton dominateur » de la municipalité d’Annecy, ton si contraire aux principes de la liberté qui ont toujours été « le partage des vertueux campagnards ». La politique renforce l’opposition traditionnelle entre la campagne et la ville.

Annecy-le-Vieux, en position charnière entre Annecy, jacobin, et la vallée de Thônes où les sentiments contre-révolutionnaires sont puissants, ne peut pas ne pas ressentir les contrecoups de ces événements. La population qui n’en peut mais cherche à protéger ses intérêts avec une philosophie désabusée. Les édiles, pris entre administration révolutionnaire dévorante et tatillonne et une population influencée par le clergé et les nobles, s’efforcent de manœuvrer en souplesse ; ils manifestent une résistance passive et une grogne dont témoignent les archives municipales.

Les institutions nouvelles se sont mises en place sans difficultés apparentes. Annecy-le-Vieux se dote d’un conseil municipal et d’un Comité de Salut public chargé de surveiller les menées contre-révolutionnaires. En 1793, le maire, Henri Croset, charge Philippe Dumaret de recenser les biens des émigrés. La commune désigne un citoyen qui participera à la fête de la Fédération. En tête du compte-rendu de la délibération du 15 Germinal an II (mars 1794) figure la devise révolutionnaire « La liberté ou la mort ».
 
6.1 - Les échos des troubles de 1793 (vallée de Thônes, Annecy)
 
En mai 1793, la vallée de Thônes s’insurge contre les mesures antireligieuses et la conscription ; les révoltés veulent faire du pont de Dingy leur première ligne de résistance. Le 5 mai, le tocsin sonne à Dingy ; les hommes vont à la messe puis entreprennent de démolir le pont sur le Fier. Finalement, ils y renoncent et le mettent en état de défense ; ils accumulent des blocs de pierre et des madriers sur la route en direction d’Annecy et creusent des fournaux de mines aux abords du pont. Leur armement est sommaire et hétéroclite : quelques fusils, des sabres, des piques, des haches, des faux, des fléaux.

Le Directoire d’Annecy décide d’employer la force. Le général d’Oraison, qui commande le camp des Iles, désigne deux compagnies de volontaires de l’Isère et de la Gironde, deux cents gardes nationaux et une avant-garde de quinze cavaliers.

Le 7 mai, une colonne de 700 hommes traverse Annecy-le-Vieux et progresse vers le pont, tandis qu’une soixantaine d’hommes, ayant franchi le Fier, prennent position le long de l’ancienne voie romaine. Les républicains, un moment surpris par la fusillade, une grêle de pierres et l’explosion des mines, reprennent haleine et réussissent à s’emparer dur pont avant de se lancer à la poursuite des insurgés. Seize journées d’ouvriers seront nécessaires pour dégager la route .

Trois mois et demi plus tard, le 21 août 1793, alors que les avant-gardes sardes sont à Bonneville, une petite émeute éclate à Annecy, vite réprimée. L’événement connaît un prolongement à Annecy-le-Vieux où l’on sonne le tocsin et où l’arbre de la liberté est coupé ; les canonniers de la Garde Nationale de Chambéry, venus enquêter à Annecy-le-Vieux, soupçonnent le citoyen Duparc dont le fils a tiré deux coups de fusil sur le bonnet phrygien surmontant l’arbre. L’affaire s’arrange : un autre arbre de la liberté sera planté et Duparc offrira à la commune un nouveau bonnet en guise de « don patriotique ».

Mais les autorités restent méfiantes : le 18 septembre, le Conseil municipal invite les personnes qui ont abandonné leur domicile depuis le 19 août (avant-veille de l’émeute d’Annecy) à le rejoindre, faute de quoi leurs biens seront placés sous séquestre. Plusieurs suspects sont innocentés sauf le citoyen Magnin du château de Verboux.